Discours de Cédric Villani

4 juillet 2019

Théâtre du Gymnase


Merci à Mounir Mahjoubi. 

Depuis deux ans nous avons eu l’occasion de partager tant de choses sur la conception de la politique, sur le rôle de la technologie au service de l’humain, sur la démocratie. Avec tout ce que représentes, avec toutes les idées et les propositions que tu as mises sur la table et continueras à apporter, ensemble nous combattrons pour ce nouveau défi !



* * *


Mes chers amis,

Je dois commencer par remercier les différents intervenants. La barre est haute. 

Je salue mon ami Etienne Klein, philosophe des sciences, toi qui sais conter comme personne et passionner les foules sur des enjeux aussi complexes que la physique quantique ou la physique des particules.

Il y a tellement de personnes présentes qui comptent tellement pour moi; je n’en citerai que quelques-unes et demande pardon aux autres.

Je salue mes collègues parlementaires, qui me font l’amitié et le plaisir d’être présents ce soir : Didier Baichère, Céline Calvez, Emilie Cariou, Jean-René Cazeneuve, Anne Genetet, Anne-Christine Lang, Pierre-Alain Raphan, Denis Masseglia … et toutes celles et tous ceux qui auraient souhaité être des nôtres ce soir, mais qui sont parmi nous en pensées. 

Je salue Mao Peninou, dont nous connaissons les choix courageux et l’expérience.

Je salue Anne Lebreton, élue du 4e arrondissement, adjointe à la solidarité et aux personnes âgées. Si engagée sur les questions sociales, au mandat d’élu local. Nous avons eu l’occasion de nous retrouver si souvent au cours des derniers mois, dans la joie de la construction et parfois dans la douleur, comme en ce soir funeste du 15 avril ou Notre Dame brûlait. Je me souviens de tes larmes devant cette partie de toi qui était en train de périr.

Je salue chacune, chacun d’entre vous. Quel plaisir de nous retrouver ce soir, quel plaisir de voir des visages qui me sont familiers et amicaux, et bien d’autres qui le deviendront. Tant de compagnons de route, marcheurs et non marcheurs. Elus, engagés en politique, citoyens de la société civile. Je salue aussi tous ceux qui n’ont pas pu rentrer, tant nous sommes nombreux ce soir : vous êtes venus à plus de 800 ce soir. Votre présence m’est si chère. Votre confiance m’est si précieuse. Je ferai tout pour en être digne.

Ce soir, je vais vous parler de Paris, de notre capitale. Partager à vos côtés la vision et le projet que je compte porter durant les prochaines semaines et les prochains mois pour cette ville que nous aimons. 

Paris c’est une ville pleine des richesses de toute l’humanité, cité emblématique de l’histoire du monde, incarnant quelque chose de singulier aux yeux du monde entier, pour son art de vivre, son souffle historique et son attachement à la liberté.

Un jour, dans un diner, nous étions quelques-uns à demander au vice-ministre chinois de l’éducation, en visite officielle en France, ce qui motivait les jeunes chinoises et chinois pour apprendre le français : il répondit simplement avec enthousiasme : Paris !

C’est à Paris que se sont écrites certaines des plus importantes pages de l’histoire de France et de notre culture.


* * *

Bien des lieux parisiens font référence à cette histoire issue du fond des âges. Rappelons-nous que la deuxième bataille de Lutèce eut lieu dans la plaine de Grenelle, entre les villages d’Issy et de Vaugirard. Des noms si familiers aujourd’hui !

L’histoire de Paris et celle de la France sont entremêlées avec des moments forts, fondateurs, magnifiques ou tragiques, pour notre ville, pour notre pays, et souvent pour le monde entier.

Du choix de Clovis d’en faire sa capitale dès le VIème siècle aux moments fondateurs de la Révolution en 1789-1790,

Des barricades de 1830 combattant pour la liberté immortalisées par Delacroix à la tour Eiffel qui stupéfie le monde entier et illustre le génie français durant l’exposition universelle de 1889,

De l’audace de Léon Gambettta quittant Paris en Ballon en 1870 au Général de Gaulle s’adressant à Paris libéré en 1944,

Des victoires sociales du Front Populaire en 1936 au slogan « L’imagination au Pouvoir «  des étudiants de Mai 1968,

On n’en finirait plus d’énumérer les artistes, poètes, écrivains, les Villon, les Baudelaire  et les Hugo,  les Yonnet et les Prévert, qui ont su capturer l’universel à travers l’âme de Paris.

On n’en finirait pas non plus d’énumérer les hommes libres qui ont su porter haut à Paris leur parole joyeuse, insouciante et profonde à la fois, de Molière à Voltaire, de Boris Vian à Coluche — Coluche qui s’illustra à de nombreuses reprises dans ce théâtre ci.

Mais Paris porte aussi la marque, indélébile, du terrorisme qui a ensanglanté nos rues, notre jeunesse, nos symboles. A Charlie, à l’Hyper-Casher, au Petit Cambodge, au Bataclan, c’est notre amour pour la liberté qui a été attaqué. En retour Paris présenta au monde son plus beau visage : celui de l’espérance et de la résilience. L’espérance d’un monde plus solidaire et plus fraternel. La résilience d’une cité où l’intelligence est collective et la culture partagée.

Paris, qui a toujours porté les aspirations universelles, porte aujourd’hui celle qui s’impose comme la plus pressante de toutes : la préservation de notre planète. L’ambition de la COP21, qu’elle a accueillie en décembre 2015. Une ambition qui ne s’est pas arrêtée à la signature du traité, et que nos jeunes font aujourd’hui vibrer de mille éclats. C’était émouvant de les voir descendre dans les rues, pour crier au monde que le politique devait agir pour protéger l’environnement, au nom des générations futures.

Paris aspire à l’universel, mais Paris ce n’est pas une seule voix, c’est une multiplicité de territoires, de villages, de quartiers, avec chacun leur histoire, leur charme, leur fierté. Je me souviens de cet inconnu croisé non loin d’ici, revenant de faire ses courses, rue Sampaix, qui me dit «  Ça fait plaisir de vous voir ici. Ce quartier, c’est le vrai cœur de Paris. »

Et pourtant, ce quartier, cet arrondissement, il y a eu une époque où il ne faisait simplement pas partie de Paris. C’était l’endroit, hors des murailles parisiennes, ou l’on reléguait les pestiférés, arrêtés à Saint-Lazare. 

Ce quartier c’était celui de l’arrivée de l’eau salubre à Paris, via le Canal Saint-Martin : l’un des grands travaux décidés par Napoléon Bonaparte pour assainir la capitale.  Un quartier qui incarnait l’arrivée de la vie.

Et à une autre époque ce quartier incarnait au contraire le départ vers la mort. Gare de l’est, ils ont été tant de nos jeunes à embarquer pour un aller sans retour vers l’enfer de la guerre.

Cet arrondissement c’est aussi celui du Boulevard du Temple, autrefois appelé Boulevard du Crime, ou, dans Les Enfants du Paradis, Garance dit a Frederick cette réplique culte « Paris est tout petit pour ceux qui, comme nous, s’aiment d’un si grand amour » 

Et c’est vrai que Paris est si petit ! Tant de trajectoires de vies, de métiers, de rêves, se croisent dans un espace si réduit qu'on peut le parcourir le monde et la société en quelques heures. Les destins se rencontrent et vibrent ensemble, avec toutes leurs cultures différentes, venant emplir cet espace historique unique en son genre. On y trouve tous les accents du monde francophone, issus de tous les continents. Toutes les régions de France y ont leurs quartiers et leurs histoires, depuis les bougnats auvergnats jusqu'aux marins bretons, sans oublier les ultra-marins sans lesquels Paris ne serait pas ce qu’il est.

C'est cela, la promesse parisienne, celle qui faisait dire à Montaigne qu'il n'était « grand que par cette cité admirable », comme le rappelle l'inscription sur une statue de la rue des Écoles.

Ma propre histoire avec Paris, elle a débuté tout près de la fameuse statue.

J'avais 17 ans et, comme dans la chanson du regretté Charles Aznavour, je quittais ma province toulonnaise pour venir habiter Paris. J'étais cet étudiant discret, bon élève, qu'un journaliste avait décrit comme « un monument humain à la gloire de la timidité » !

J'emménageais rue Saint-Jacques, la rue la plus ancienne de tout Paris; au lycée Louis-le-Grand, l'un des plus anciens de Paris, vieux de plus de 450 ans. Les quatre murs de ma chambre d'internat étaient étroits, et ma collection de cassettes audio en était alors mon meuble le plus précieux. Dans ce lieu étriqué, je me suis épanoui, et j'ai connu l'ivresse des progrès rapides que l'on fait dans un environnement motivant.

Puis ce fut l'École normale supérieure, et la révélation du brassage entre scientifiques et littéraires. La découverte des salles de concert et de cinéma. Il suffisait de parcourir Paris pour entendre les plus grands chefs d'orchestre, les plus grands pianistes du monde -- les Pollini, Perahia, Brendel, Pogorelich, Koroliev -- les plus grands cinéastes de tous les temps, les Mizoguchi, Lynch, Wong Kar-Wai, Welles, Ray, Bergman. C'était l'époque aussi des groupes de rock alternatif et nouvelles chansons à texte qui renouvelaient la chanson française : l'époque de Pigalle, les Têtes raides, Juliette et tant d'autres; j’ai la chance aujourd’hui de compter certains d’entre eux parmi mes amis.

Ce fut aussi la découverte de Paris la nuit : le jeu potache de la TRAQUE nous voyait arpenter la ville à pied pendant toute une nuit, par petits groupes occupés à donner à tour de rôle leur position au central, depuis des cabines téléphoniques (eh oui, souvenez-vous des cabines téléphoniques !)

Devenu président du Bureau des élèves, contribuant à l'inépuisable vie parisienne étudiante, l'étudiant timide s'était changé en être social, prenant toujours à cœur les rapports humains. Et j'avais troqué ma tenue de prépa -- anorak bleu et les baskets Stan Smith -- pour un look made in Paris. Un look auquel je suis toujours resté fidèle par la suite, une tenue que j'ai portée en toutes circonstances et sur tous les continents, enseignant à Princeton ou à Mumbai, en visite dans les palais présidentiels comme dans mon travail de député sur le terrain, faisant des exposés dans  les clubs d’entreprise comme dans les prisons.

Ah, ma tenue…

Ils ont été nombreux à me le dire. Pour satisfaire aux canons de l’homme politique, je devrais renoncer à l’araignée, renoncer à la lavallière. Je devrais porter la cravate, comme on porterait un uniforme. Rentrer dans un moule, et faire comme les autres. 

Mais mes chers amis, je ne changerai pas !

Car on ne transige pas avec ce que l’on est, avec son identité, il faut la porter fièrement. Nous n’avons pas à avoir visage public et un visage privé, et à nos concitoyens nous devons la vérité et la sincérité. La liberté et la fiabilité.

Pour en revenir aux activités associatives de mes 20 ans, elles auraient pu sonner le glas de ma carrière scientifique ! Être président de BDE suffisait à m'occuper pleinement, et mon directeur de thèse m'appelait l'homme invisible. Mes enseignants ont su me remettre dans la voie mathématique, en me faisant miroiter un poste d'agrégé-préparateur, un poste maison ! Ce fut mon premier emploi, le plus beau que j'aie exercé, tourné vers l'enseignement et l'encadrement, et le partage de la passion. Avec ma compagne d'alors et un peu d'aide de nos parents, je suis devenu propriétaire d'un petit appartement confortable dans le 5ème arrondissement... Incroyable, n'est-ce pas, de se souvenir qu'il n'y a pas si longtemps de jeunes vingtenaires pouvaient se loger, et même devenir propriétaires ! C'était un autre monde.

De retour dans le droit chemin mathématique, j'ai alors pu profiter de Paris, capitale mondiale des sciences mathématiques, plus que je n'aurais pu profiter d'aucune autre ville. J'ai écumé les conférences et séminaires, à Paris 6, Paris 7, Paris 9, Paris 11, Paris 13, à l'ENS, à Polytechnique, au Collège de France... Rares étaient les jours qui n'apportaient pas leur opportunité de rencontre passionnante, tant Paris est un point d'attraction pour les scientifiques du monde entier.

Etudiant, j'ai profité à pleines dents de cette ville lumière, ville de savoir. De rencontre en rencontre, mes intérêts se sont diversifiés, je suis devenu chercheur, j'ai parcouru le monde entier pour étudier et enseigner, discuter et écrire, dans plus de 80 pays, nouant des collaborations avec des collègues de plus de 15 nationalités différentes. Mon histoire scientifique s’est jouée à Paris et à Lyon, dans les pays d’Europe, et sur tous les continents.

Le destin et la chance m’ont permis de voir mes travaux récompensés par les Prix Louis Armand, Fermat, Peccot, Herbrand, Poincaré, Doob, et la médaille Fields qui a changé ma vie.

Je me souviens de ce jour de printemps, il y a 10 ans, où j'ai préparé mon retour à  Paris après un séjour américain pour accepter la direction d'un institut de recherche prestigieux.

Je savais que je gagnerais trois fois moins d'argent et dix fois plus d'ennuis.

Mais je savais que la suite de mon destin était dans l'action.

Mes collègues ont tenté de me dissuader : à 36 ans, quelle idée de prendre la tête d'un institut, un poste administratif réputé envahissant ?

À Princeton, certains ont cessé de me raisonner, vexés qu'on puisse bouder leurs si belles conditions. D'autres s'inquiétaient pour moi. 

Mon collègue Hofer me le dit "J'ai entendu dire que l'Institut Henri Poincaré est un bazar (is a mess) et qu'on t'a embauché pour nettoyer ce bazar, Cédric, est-ce vrai ?"

Eh oui, c’était vrai.

Et je le dis sans vouloir critiquer le moins du monde le précédent directeur, Michel Broué, avec qui nous avons fait équipe pour bien des causes communes, comme aujourd’hui pour la libération de notre collègue Tuna Altinel, emprisonné en Turquie.

Mais voilà, l’Institut Poincaré avait désespérément besoin d’un nouveau souffle.

J'avais la légitimité que me conférait ma carrière passée, j'avais la motivation, et les équipes de l'Institut m'ont fait confiance.

Je me suis installé en grande couronne, pour donner à mes enfants un cadre de vie proche de la campagne, et j'ai connu la vie banlieusarde que mènent tant, empruntant le RER dix fois par semaine. Et j'ai pu me concentrer sur l'Institut Poincaré.

Nous avons retroussé nos manches, et comme promis, nous avons nettoyé le bazar ! Que les choses soient claires chers amis, le bazar parisien actuel, si considérable soit-il, ne m’effraie pas plus qu’un autre !

Pendant huit années de direction j'ai pris garde aux grands projets comme aux petits détails. De la politique culturelle de l’Institut au design des lampes,  de la fondation d’un cinéclub à l’espace d’affichage. J’ai porté un laboratoire d’excellence, acquis de haute lutte un bâtiment historique pour étendre l’Institut, obtenu le doublement du budget d’intervention et le doublement de la surface, convaincu les tutelles et les collectivités d’investir a la hauteur de nos ambitions. Surtout, j’ai mis en application mes convictions que le monde scientifique doit s’ouvrir vers la société et vers le monde économique. Et que l’aventure du progrès technologique, celle qui change notre quotidien, ne soit pas confinée chez les experts, mais partagée le plus largement possible avec les forces vives de la nation. 

Pendant ces huit années, chaque matin devant l'Institut, je me demandais comment nous allions le transformer. Et avec le concours de toutes ces forces vives, de tout ce que Paris peut concentrer comme bonnes idées venues du monde entier, l’Institut s’est lancé dans sa transformation.

À Paris j'ai eu la chance de rencontrer le monde; et en même temps, j'ai continué à parcourir le monde pour toutes sortes de missions scientifiques, de conférences en conseils. Devenant membre de l'Académie des sciences, de l'Académie pontificale, du Conseil scientifique de la Commission européenne; j'y ai acquis une conscience aiguë des grands enjeux du monde : la construction de l'Europe, la transition écologique et solidaire, l'apprivoisement mutuel de l'humain et de la technologie, la propagation des mensonges, le spectre du cloisonnement.

La recherche m'a aussi appris à voir les choses en grand, à questionner le monde entier pour trouver les solutions.

C’est aussi pour faire vivre cet esprit au cœur de la vie publique je me suis engagé en politique, en 2017, avec La République en Marche. Parce que je pensais qu’à un moment si particulier, si confus, si chaotique, il était du devoir de femmes et d’hommes de bonne volonté de s’engager pour leur pays. 

Sans Emmanuel Macron et la vision politique nouvelle qu’il a apportée, je ne me serais pas engagé. Ce soir, vous êtes beaucoup à avoir fait le même chemin. 

En deux années de mandat parlementaire, bien sûr, je n’aurai pas tout réussi. Mais je n’ai pas chômé ! J’ai remis au Gouvernement deux rapports. L’un sur l’enseignement des mathématiques, l’autre sur le développement de l’intelligence artificielle — un sujet si important pour l’organisation de la cité du futur. 

Et plus généralement j’ai voulu revaloriser la figure du scientifique en politique. J’ai voulu apporter ma contribution, car plus que jamais dans un monde complexe je crois à l’importance de faire entendre, aux côtés de la voix de l’émotion, celle de la rationalité. 

J’ai aussi œuvré pour une cause qui me tenait tant à cœur : la reconnaissance, par l’Etat français, de sa responsabilité dans l’assassinat de Maurice Audin. Audin était un mathématicien. Il enseignait à l’université d’Alger. Il était connu pour son engagement au Parti communiste et pour l’indépendance algérienne. Le 11 juin 1957, il est arrêté. On ne le reverra plus. Il fallut attendre le 13 septembre 2018, cinquante ans après, pour qu’un Président de la République reconnaisse enfin la responsabilité de l’Etat et de l’armée dans ce crime, et plus généralement dans l’organisation de la torture en Algérie. Pas pour désigner des coupables, mais pour regarder la vérité en face et pouvoir effectuer le travail de mémoire et d’apaisement — un travail que j’ai mené sans relâche, aussi auprès d’associations d’anciens combattants, ou d’associations de harkis. 

Comme toutes mes autres réalisations, cet engagement était collectif : cette revendication je l’ai portée avec bien d’autres alliés — scientifiques, journalistes, politiques, ou historiens — comme Benjamin Stora, avec qui nous sommes restés liés. Josette Audin, la veuve de Maurice, s’est éteinte en février. Si j’avais eu le moindre doute sur le bienfondé de mon entrée en politique, il me suffirait de repenser à ce jour de septembre 2018 ou elle a reçu la lettre du Président Macron, réponse à un combat courageux de plus de 60 ans. 

La vie politique, c’est celle qui vous permet de transformer les engagements en actions, les rêves en réalité. Et c’est bien pour cela que j’ai décidé de candidature à la mairie de Paris. Vous avez compris mon attachement à cette ville unique en son genre, et ma volonté d’accompagner ses transformations, avec rigueur et ouverture.

Alors, dès l’instant où j’ai engagé cette campagne municipale, il y a ceux qui ont dit « Monsieur Villani, vous êtes élu à Saclay, dans l’Essonne, pourquoi vous présenter à Paris ? ». Comme si avoir été élu en région parisienne vous disqualifiait pour être élu à Paris ! Faut-il rappeler qu’avant d’être élu maire de Paris, Jacques Chirac fut député de la Corrèze (mon département natal !) ? Et surtout, faut-il rappeler le lien étroit entre Paris et sa couronne ? Faut-il dénombrer tous ceux qui, comme moi, ont, des années durant, travaillé à Paris tout en habitant en couronne, ou le contraire ? A l’heure ou l’avenir de Paris doit s’écrire en grand, on attend avec impatience la ligne 18 du Grand Paris Express, qui reliera au plus vite Paris à Saclay : symbole que Paris n’est pas une forteresse repliée sur elle-même, mais bien un organisme vivant, qui interagit avec les communes qui l’entourent. Savons-nous que 70 % des aliments servis dans les restaurants parisiens proviennent du marché de Rungis, que c’est là que se joue l’approvisionnement de Paris ? Alors, oui, le prochain maire de Paris devra connaitre sur le bout des doigts, non seulement les enjeux de Paris intramuros, mais aussi ceux de toute la grande agglomération parisienne !

Si la politique se joue dans les projets et les idées, elle se joue aussi, aujourd’hui, plus que jamais, dans les contacts, dans l’écoute et dans le pouvoir de la parole. Dans notre monde de bulles et de cases, rien n’est plus précieux que les rencontres.

Depuis plusieurs mois, je suis allé à la rencontre des parisiens, habitants, commerçants, artistes, je parcours les marchés et les lieux de vie de notre capitale. Toutes ces personnes que je rencontre me parlent de leur histoire avec Paris, de leur vécu à Paris. Elles me disent leurs attentes pour leur quartier, leur exaspération parfois. 

A cinq reprises, nous avons même organisé des séries de rencontres sur des formats exigeants de 24 heures consécutives, renouant avec la riche tradition des promenades instructives à travers Paris, que tant d’écrivains, d’historiens, de sociologues ont mis en récit depuis plusieurs siècles.

Comme cette dernière fête de la musique, le 21 juin. A 5 heures du matin, entre militants, nous nous retrouvions pour savourer le croissant craquant que l’on ne trouve qu’en France. Puis nous sommes allés à la rencontre de la brigade de protection civile Paris Seine, qui nous a parlé avec fierté de ses missions d'aide, secours et formation, les maraudes. Ils parlaient de ce SDF qui s'était lié d'amitié avec l'étudiante qui venait chaque semaine lui apporter un repas; ou encore de ce lycéen miraculeusement sauvé par un de ses camarades, formé par leurs soins.

Puis nous avons pris le pouls d’un marché du 18ème arrondissement, recueilli les doléances d’une maman indignée face à des faits de violence et corruption dans un établissement scolaire. Chez un luthier du 17ème arrondissement, nous avons respiré la fierté des employés artisans, prenant des semaines pour réparer avec amour de précieux instruments, et leur peur de se faire chasser de la capitale par la montée des loyers. Puis ce fut la douceur de Belleville, sur fond de trompette de rue, ou des artistes plasticiens nous ont montré leurs poteries et leurs délicates têtes de mort en céramique, façon Tim Burton, leurs spectacles lumineux inspirés de Philip K. Dick et exportés à Singapour.

Quelle émotion, à l'Hôpital Trousseau, en visitant le service de néonatalité à la pointe, et les minuscules corps que l'on fait miraculeusement vivre et prospérer.

Et ainsi de suite, tout en rencontres, jusqu’au bout de la nuit !

Car vouloir aller à la rencontre d'une ville, c'est en vivre toutes les situations, de jour comme de nuit.

De ces rencontres avec des destins, il y en eut tant d’autres, si émouvantes ! Des femmes battues, pleurant en parlant de la dépendance psychologique où les avait longtemps plongées leur bourreau. Des innovatrices d'un incubateur féministe, réinventant l'artisanat du bois, l'organisation des temps d'attente à l'aéroport, ou la nourriture pour chats. Une concierge des beaux quartiers, évoquant la difficile vie de ses collègues. Le responsable d'un club sportif, vivant pour l'enjeu social du sport. Denis, le placier haut en couleurs d'un marché parisien, grognant contre la concurrence des GAFA. Des avocats d'affaires, habitués des arbitrages internationaux, se plaignant de l'image déplorable que Paris donne aux visiteurs. Un innovateur, travaillant le plus sérieusement du monde à la trottinette du futur ! Un admirable trio de femmes fondant une boulangerie solidaire, bio et féministe Porte de la Chapelle, avec le nom ô combien emblématique du Pain de la Liberté. La visite du Lapin agile, ce cabaret hors du temps où Picasso est venu peindre, où Jean-Louis Caussimon et Léo Ferré se sont illustrés... À 90 ans, le patron tient encore la pêche et lance avec brio le tour de chanson française ! 

Tout cela, demain, je veux le faire vivre, le représenter. Encourager tous ces élans et leur donner les moyens de se réaliser.

Mais si j’ai voulu m’engager en politique, c’est aussi parce que l’époque que nous vivons n’est pas comme les autres. J’ai voulu m’engager pour participer à restaurer une éthique de la vérité. Une politique qui ne refuse pas de regarder les faits. 

Regardons notre époque telle qu’elle est : le président de la plus grande puissance mondiale, au mépris de la science, explique que le changement climatique n’est pas d’origine humaine. Les technologies transforment notre quotidien, parfois contre notre gré et au bénéfice de seulement quelques-uns. Les réseaux sociaux nous connectent à nos proches, où qu’ils soient sur Terre, mais n’importe qui peut y raconter n’importe quoi, sur n’importe quel sujet.

Notre époque vibre d’une tension intime : nous voulons plus de démocratie, mais nous n’acceptons plus la contradiction. Nous courons après la technologie, nous célébrons la science, mais nous haïssons la vérité lorsqu’elle contredit notre opinion.

Remettre de la rationalité dans le débat. Faire dialoguer les experts avec les citoyens, les élus avec la société civile. Construire des passerelles, bâtir des ponts. Savoir écouter, ne pas être dogmatique dégager des solutions pragmatiques. En un mot, faire de la politique autrement : c’est pour cela que je me suis engagé. C’était la promesse originelle d’En Marche et je ne la renierai pas.

La rénovation de la vie politique, le renouvellement des visages, l’appel aux compétences et talents de la société et de femmes et d’hommes libres pour les porter. Libres de penser en dehors des cases. Libres d’imaginer ce qui semble aujourd’hui impossible ou inatteignable. Libres de dépasser certains de nos vieux clivages politiques, sociaux ou territoriaux.

Je ne veux plus d’un Paris de l’Ouest contre un Paris de l’Est. Je ne veux plus d’un Paris intra-muros contre le Grand Paris. Je ne veux plus d’une mairie de Paris contre l’Etat. 

Je veux un Paris fier, réuni par son histoire, debout face à ses défis et façonné par la diversité de ses quartiers et de ses habitants. 

Notre Paris, ce sont les Auvergnats du 14eme montés à la capitale avec l’espoir d’une vie meilleure. Ce sont tous ces accents qui se mêlent à Belleville et nous rappellent que l’identité d’une grande métropole est toujours sa mixité. Notre Paris, c’est le quartier du Marais, symbole hier de refuge pour tant de populations, aujourd’hui symbole de liberté et d’émancipation. 

Oui, il y a de l’émancipation à Paris.

Il y a de la liberté à Paris.

Il y a une histoire qui vibre, mais il y a aussi une nouvelle page à écrire pour Paris.

Cette page, nous allons l’écrire ensemble.


* * *

Paris est devenue une ville dure. Une ville où pullulent toutes formes d’agressions : sonores, verbales, parfois physiques; la ville du tumulte, celle du bruit et de la pollution, celle du stress et des incivilités qui empoisonnent notre quotidien.

Paris est devenue une ville dure à vivre. Dure à vivre quand vous êtes une femme seule qui cherche à élever son enfant ou ses enfants. Il y a 240 000 de ces familles monoparentales à Paris : quand allons-nous cesser de leur rendre la vie infernale à travers une myriade de complexités administratives pour l’accès à la garde d’enfants, au logement, à l’école ? Quand allons-nous, enfin, leur faciliter la vie ?

Une ville dure à vivre pour ses personnes âgées. Il y a 350 000 retraités à Paris. Je ne parle pas seulement des incivilités qu’ils subissent, de la situation de nos EHPAD ou de l’insuffisance de nos transports publics. Je parle aussi d’un état d’esprit général. Veillons à ce que notre capitale ne devienne pas, subrepticement, de ces métropoles qui excluent, de ces métropoles qui assignent à résidence, chacun dans son quartier, chacun dans sa communauté, au mépris de la mixité que nous chérissons tant.

Mais Paris est aussi devenu une ville dure à vivre pour ses jeunes, et notamment ses jeunes couples. Les prix du logement se sont envolés. Aujourd’hui, la barre symbolique des 10 000 euros le mètre carré a été franchie. Acheter à Paris relève désormais de l’exploit – ou plutôt du privilège. Voilà pourquoi Paris se recroqueville et perd peu à peu ses habitants. Depuis 2011, nous avons perdu 110 000 Parisiens. C’est inédit.

Et elle est longue, la liste des problèmes de Paris qu’il faudra résoudre ! 

Paris a besoin de rigueur ! Plus jamais de naufrage dû au choix désastreux d'un prestataire de marché public, à un montage juridique approximatif. C'est le manque de rigueur qui a transformé Vélib et Autolib, symboles de modernité, en symboles de naufrages. C'est le manque de rigueur qui a tué dans l'œuf l'initiative Réinventons la Seine; sans rigueur les rêves, si beaux soient-ils, ne se déploient pas !

Paris a besoin de ses meilleurs scientifiques pour l'aider à imaginer la ville du futur : de même Carnegie Mellon a contribué à réinventer Pittsburgh, nous devons dire que le Paris de demain s'invente aussi dans nos joyaux de la recherche, comme l'École supérieure de physique et de chimie industrielles ou le Centre de Mathématiques Appliqués de l’Ecole des Ponts et Chaussées.

Paris a besoin de ténacité pour que tous nos objectifs soient suivis dans la durée, évalués ! Car toutes les grandes transitions qui métamorphoseront son visage, s'inscriront dans de longues années !

Et Paris a besoin mettre la technologie à son service. Au début du 20ème siècle, elle a montré le chemin au monde en s'appropriant l'électricité, devenant aux yeux de tous la ville lumière. Au 21ème siècle, elle doit montrer le chemin avec un usage exemplaire des données et de l'algorithmique. Dans Paris, ville connectée, on pourra planifier les flux des véhicules, prévenir les secours plus rapidement, accélérer la réponse des administrations, augmenter l'efficacité énergétique des bâtiments.

Mais la technologie, comme on doit toujours le rappeler, ce sont avant tout des enjeux humains : organiser la confiance, le partage d'informations, la gouvernance ! Depuis les expériences d'IA avortées jusqu'aux déboires de l'Admission post-bac, en passant par le développement de la mobilité autonome, toutes les grandes difficultés des aventures technologiques ne sont pas dans la technique, mais dans la gouvernance et la confiance. 

Voilà deux ans que je parle, partout dans le monde, de cette confiance et des conditions de son instauration, des conditions pour une technologie durable. J'en ai discuté dans tous les cercles et colloques internationaux, depuis le Vatican jusqu'au Bundestag, ou aux côtés d'Al Gore. Demain c'est dans Paris que j'accompagnerai sa mise en œuvre.

Et pour mettre en œuvre des projets ambitieux dans une métropole aussi grande, il faut le bon dosage entre les politiques portés sur la vision et les pros de l'administration qui ont déjà fait toutes les preuves de leur solidité.

Paris doit aussi se penser avec toutes les compétences de la société civile, qu'ils soient scientifiques, intellectuels, économistes ou artistes. Ils ont été beaucoup à m'accorder leur soutien, certains sont présents et d’autres sont avec nous par la pensée : je citerai ici l'économiste Philippe Aghion, l'historien Benjamin Stora, la journaliste, avocate et musicienne Negar Haeri, les architectes Odile Decq et Mi-chel Cantal-Dupart, la spécialiste d'éthique en intelligence artificielle Laurence Devillers. Isabelle Gibbal-Hardy, la grande figure du cinéma indépendant pari-sien, et Jérémy Harroch, celle de la jeune communauté numérique de Paris. L'ar-tiste Chrystel Egal, l'éditrice Odile Jacob. Le physicien Étienne Klein, que vous avez entendu tout à l'heure, qui a fait rêver les auditoires à travers le monde en-tier. L'économiste Marc-Olivier Strauss-Kahn, l'activiste Aude de Thuin, prési-dente de Women in Africa. Le professeur Serge Uzan, tout juste élu vice-doyen de l'Ordre des médecins. Et Gilles Kepel, spécialiste de l'Islam, directeur de la chaire Moyen-Orient Méditerranée. La mathématicienne Maria Esteban, ex présidente de l'Union internationale des mathématiques appliquées. Sans oublier Nicolas Arpagian, le plus célèbre des experts français en cybersécurité, Michel de Rosen, président d'entreprises industrielles, ou encore Bertrand Badré, ex-directeur de la Banque mondiale. Leurs regards extérieurs seront présents, à chaque instant, pour suggérer et proposer.

Si Paris a besoin de s'ouvrir dans la pluralité des compétences, Paris a aussi besoin de voir les choses en grand en tant que territoire, de ne plus rester étriqué à l'intérieur de sa ceinture périphérique ! 

C’est pourquoi j’ai proposé que l’on mette en débat l’extension de Paris à certaines communes limitrophes. Vous savez ce que disent les politiques chevronnés quand on pose cette idée ? D’une part, que cela va entrainer des résistances insurmontables des maires… D’autre part, que c’est dans le sens de l’Histoire ! Alors, pourquoi ne pas le mettre en débat, sans brutalité ? 

Le logement, la pollution, l'économie, les transports : tous ces sujets ne peuvent rester confinés dans les limites physiques d'une géographie réduite. Ni prisonniers d'un montage administratif en millefeuille, saboté pour des raisons politiciennes, et dans lequel même les experts se perdent. Nous ne devrons rien nous interdire pour rêver un Paris en grand fluide, efficace, protecteur, avec une gouvernance qui aura réussi l'incroyable exploit d'être simple.

Paris, tant dépendant des communes voisines, doit les traiter avec respect, dans un pacte démocratique. Moi qui comme tant d'autres ai vécu des années durant à cheval entre Paris et la couronne, je porterai chevillé au corps ce respect des voisins, que l'on ne consultera plus pour la forme, une fois la décision prise !

Paris a besoin d'être géré avec rigueur. Avec son administration étouffante, sa dette qui a augmenté en flèche, ses terribles frais de fonctionnement, Paris risque de se retrouver immobilisée, et se ressent le besoin d'un nouveau souffle.

Ce nouveau souffle, il viendra avec une nouvelle équipe, par ce mouvement nouveau dans lequel je me suis engagé et dans lequel j'ai rencontré des collègues passionnés. Beaucoup sont ici dans cette salle, avec qui j'ai partagé des frissons et des visions. Les valeurs, le désir de renouveau que nous portons, je veux le porter au cœur du projet parisien. 

Mon engagement politique m'a permis de rencontrer des collègues passionnés, avec qui je partage des idées et des visions. 

Aujourd'hui c'est Mounir qui me fait confiance pour que nous portions haut le flambeau de ses idées et ses visions les plus chères, des visions qui m'ont convaincu et que nous porterons et défendrons collectivement.

Au-delà des idées, nous partageons une conception de la politique, qui se fait à la fois dans des dossiers bien maîtrisés et dans le passionnant travail de terrain, les heures innombrables passées à débattre, à proposer, à se mettre à portée de baffes et à se faire engueuler.

Aujourd'hui c'est Matthieu Orphelin qui m'apporte son concours et son exigence, et je sais qu'il sera toujours à mes côtés pour apporter rigueur et volonté à mon action écologique à Paris. Pour faire vivre un eco progressisme exigeant !

Au-delà des idées, nous partageons une conception de la politique, qui se fait à la fois dans des dossiers bien maîtrisés et dans le passionnant travail de terrain, les heures innombrables passées à débattre, à proposer, à se mettre à portée de baffes et à se faire engueuler.

Une vision aussi où l’on écoute les autres, tous les autres ! Ou l’on va a la rencontre des arrondissements pour voir les expériences qui fonctionnent bien. Dans le 9e arrondissement, écouter Delphine Burkli qui met en œuvre des initiatives locales de cohésion par la culture, travaille à aménager en pleine terre, pousse pour la maitrise des flots de trottinettes et de la chaussée !

Et bien évidemment, de nombreuses discussions avec mon amie Anne Lebre-ton, tant engagée pour l’intégration des réfugiés à Paris, pour lutter contre toutes les formes de précarité, et pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Anne, je sais pouvoir compter sur toi pour parler projet !

Tout récemment c’était une discussion avec Myriam El Khomri pour écouter ses efforts au service de la protection de l’enfance, prévention de la toxicomanie, régulation de l’espace public.

Ou avec François Vauglin, qui dans le 11e arrondissement a vu Paris meurtri dans sa chair au moment des attentats. Son expérience est précieuse.

Ou Florence Berthout, qui dans le 5e a lancé ce festival du livre, les estivales pour les seniors qui ne peuvent partir en vacances, et le travail sur les circuits courts dans les cantines.

Ou encore ces nombreux échanges avec Pierre-Yves Bournazel, véritable élu de terrain, libre et courageux, qui n’hésite pas à dire que nous avons maintenant besoin de maires aménageurs bien plus que de maires bâtisseurs. Aujourd’hui trois conseillers de Paris sont venus pour le représenter : je salue Julie Boilot, Jean-Didier Berthault et Jean-Baptiste Menguy. Ils sont venus précisément parce que Pierre-Yves Bournazel souhaite construire une majorité de projet et souhaite des échanges sur des propositions et projets !

Ce sera le style de mon mandat de maire de Paris. Écoute, rigueur, ouverture, travail d'équipe, démocratie, comparaisons internationales, expérimentation, évaluation, pragmatique, quête du progrès. Seule méthode qui permette de la projection, d’allier conviction et raison.

Ce soir, je veux évoquer avec vous la vision, le souffle que nous devons redonner à notre ville.

Bien sûr, le temps des programmes, minutieusement élaborés, n’est pas encore venu. Mais je veux partager ce soir, avec vous, quelques-unes des pistes, quelques-unes des priorités que je fixerai à mon action si les Parisiens m’élisent en mars prochain.

Face à une ville de plus en plus dure, je veux porter le projet d’une ville douce et bienveillante. Face à cette ville qui se recroqueville, je veux porter le projet d’un Paris en grand. La vision d’un Paris qui, de nouveau, a l’audace de s’élargir pour renouer avec la marche de son histoire

Aux dernières élections européennes, nous avons porté le projet de Renaissance européenne. Aujourd'hui, à l'heure où Paris a besoin d'un nouveau souffle, c'est aussi aux valeurs cardinales de la Renaissance que j'emprunterai les grands axes de mon projet. Ces grands axes, ce sont les liens entre l'humain et la nature, les liens entre les humains, et le progrès. Le Paris de l’écologie, le Paris vivant ou les liens se créent, le Paris des opportunités et du progrès : ce seront mes trois objectifs fondamentaux. 

Et donc, le premier pilier de notre projet pour Paris, ce sera le lien entre l'humain et la nature : l'écologie. Tout simplement parce que c'est le plus grand défi auquel l'humanité est confrontée, parce que c'est notre survie en tant qu'espèce qui est en jeu. Dans notre contexte citadin, l'écologie doit se penser selon notre rapport harmonieux avec l’ensemble de notre environnement. Transmettre à nos enfants et générations futures une ville respirable, en un mot vivable ! 

Mon ambition est claire et forte : je veux être le premier maire écologiste de Paris. Faisant reposer l’ambition écologique sur la démarche scientifique dans toutes ses ressources. Pour que, fidèle à son histoire, Paris étonne à nouveau le monde. De la ville lumière à la ville verte ensemble faisons notre ce slogan, ensemble portons cette ambition. Pour qu’elle reste aux yeux de tous cet alliage d’histoire et de progrès, qu’elle reste la plus belle ville du monde.

Chacun constate que ce nouvel épisode caniculaire n’est plus un cas isolé et que nous devrons adapter nos modes de vie, nos infrastructures à cette nouvelle donne. Le nombre moyen de journées estivales augmente à Paris de 4 jours tous les 10 ans. Si rien n’est fait, les températures mesurées lors de la canicule 2003 deviendront habituelles d’ici 2050. En 2100, les températures à Paris seront celles de Séville aujourd’hui. 

L'écologie que je porterai ne mettra pas en œuvre une politique du doigt mouillé, ni le passage en force, elle ne fixera pas les limites de vitesse ou les voies piétonnes comme des coups de massue : elle sera avant tout servie par la rationalité et la démocratie, dans une démarche Eco Progressiste. Pour amener, enfin, l'écologie dans Paris, il faudra être à l'écoute et rationnel.

Cette écologie-là devra être guidée par les sciences. Mais au lieu d'un conseil scientifique, consulté de temps à autre, affairé à bien des sujets, je proposerai un mode de conseil scientifique souple et intensif. Des Conseillers scientifiques en chef, j'en ai côtoyé, au Québec ou en Nouvelle Zélande, qui ont transformé l'action de leurs gouvernements et qui sont devenus des figures publiques identifiées. 

Maire de Paris, je créerai, sur le même modèle, un poste de Conseiller écologique en chef, occupé par une personnalité écologique incontestable, qui sera chargé d'analyser et conseiller, à plein temps et avec les moyens adaptés, tous les actes du maire de Paris !

Cette écologie-là sera conseillée par les faits. Insérée dans le 21ème siècle, elle battra au rythme des données, dans une démarche connectée où l'on peut observer toutes les pulsations de la ville : trafics routiers, température, énergie, pollution. Ces pulsations, on pourra les analyser et les prévoir, les partager et adapter notre écosystème. Les rendre publiques, de la même façon que l'on a, de nos jours, d'admirables cartes virtuelles des vents sur Terre qui font briller les yeux des écoliers. Avec de tels outils, nous pourrons prendre en toute connaissance de cause les décisions qui feront la douceur du cadre de vie. Prévoir les aménagements efficients, planifier les travaux pour éviter les congestions, partager justement les charges d'utilisation des biens publics, mettre en regard les données météorologiques et les chantiers, surveiller l'augmentation des températures et la dérive des pollutions, calculer les emplacements des espaces verts !

Ainsi rationalisée, l'écologie n'aura plus besoin d'être l'ennemie, ni de l'activité, ni de la concertation. Moscou a fait sa révolution des données en quelques années, sous l'impulsion d'une équipe nouvelle et dynamique; en quelques années ils ont à la fois accru la fluidité du trafic et la surface des espaces verts, développé un vrai système de voitures partagées.

Ce sont des outils puissants que nous nous devons utiliser bien davantage; mais l'outil n'est rien sans la volonté politique qui doit guider l'action du maire. Et le maire devra être le garant de la réconciliation des citadins avec la nature. Cette nature dont "tout homme, quel qu'il soit, a besoin", comme le chantait Catherine Ribeiro. 

Nous étions la semaine dernière en pleine canicule. Le nombre moyen de journées estivales augmente de 4 jours tous les 10 ans à Paris. Si rien n’est fait, les températures mesurées lors de la canicule en 2003 ou en juin dernier deviendront habituelles d’ici 2050. En 2100, les températures à Paris seront celles de Séville aujourd’hui. Or notre habitat, nos infrastructures n’y sont pas préparées.

Nous savons aussi les dégâts qu’occasionne la pollution sur notre santé et notre écosystème. La pollution chimique, la pollution de l’air sont une source croissante de maladies et de décès. Elles touchent d’abord les plus vulnérables, les personnes âgées, les enfants en bas âge, mais pas seulement. Les Parisiens l’ont bien compris : l’environnement est un enjeu majeur de santé publique.

Demandez à vos voisins de décrire leur quartier rêvé, écoutez les propositions qui émergent du débat. De la verdure pour se promener, et pas des arbres en pot s'il vous plaît, de la pleine terre ! Seule formule qui vous assure de bien fixer le dioxyde de carbone, rafraichir les températures… Et pas seulement au Trocadéro s'il vous plaît, mais près de chez soi ! Des jardins partagés et de l'agriculture urbaine. L'avenir de Paris doit s'écrire en vert et non à coup de com’ entre béton et bitume !

A Belleville, à Brassens, à Citroën, à Bercy, Paris était capable, dans les années 1980 et 1990, d’aménager de grands parcs pour faire respirer la ville. J’assumerai de renouer avec cette politique en réinstaurant un quota d’espaces verts dans chaque grande opération d’aménagement. Pour que Paris puisse, enfin, respirer.

L'écologie, c'est aussi pouvoir s'alimenter avec des circuits courts, une alimentation de qualité, avec une empreinte carbone basse. Des légumes en provenance directe des agriculteurs, comme dans cette boutique de la rue Daguerre à laquelle je rends souvent visite. Le 5e arrondissement a réalisé un travail énorme pour que toutes les cantines soient alimentées en circuits bio. 

Je veux reprendre la proposition de Mounir Mahjoubi pour qu’à terme, les 30 millions de repas servis chaque année dans les cantines scolaires et dans les EHPAD de la Ville soient 100 % bios, mais aussi locaux et de saison. Nous avons là l’occasion de réancrer Paris dans son environnement, dans son écosystème et de montrer que la transition écologique est aussi une transition solidaire.

L'écologie, justement, c'est aussi l'enjeu de décarbonation, parce que la survie de notre climat en dépend. Paris est la cité de la COP21 et nous devons en être fiers ! D'autant plus attachés à cet accord arraché de haute lutte, qu'il est remis en cause par le gouvernement américain, dans un geste insensé de défi envers le consensus scientifique mondial. En ce 4 juillet, jour de fête nationale Outre-Atlantique, nous savons bien que les américains reviendront dans le giron de la COP21, en attendant ce jour nous devons être exemplaires et décarboner nos modes de vie avec détermination, je m’y engage !

L'écologie citadine, c'est aussi tout simplement l'harmonie du cadre de vie, la reconquête de la ville douce. Au lieu de la violence urbaine, de la pollution qui nous esquinte -- pollution de l'air, pollution sonore -- de la saleté qui nous agresse, ces mégots qui se ramassent à tombereaux. Source croissante de maladies et décès, elles touchent d’abord les plus vulnérables d’entre nous, les personnes âgées, les enfants en bas âge, mais pas seulement. Les Parisiens l’ont bien compris, il ne peut y avoir de transition écologique qui ne soit pas solidaire !

L'écologie, c'est aussi la fluidité, pour limiter pollution et stress. Cette fluidité de la mobilité, elle est à reconquérir, tant les embouteillages ont embolie notre ville ! Dans tout le grand Paris, dans toute l'Île de France, la mobilité est devenue un enjeu majeur. De Saclay à Rungis, de la place de la Concorde à la rue de Rivoli, les embouteillages ce sont des heures de vie perdues, des quartiers qui ne communiquent plus. Il n'y a aucune raison que cette fluidité-là se fasse au détriment de nos promenades, tout est affaire de planification !

Comment se fait-il qu’aujourd’hui aucun moyen de régulation des grands axes ne soit envisagé à travers les outils technologiques à notre disposition ? Pourquoi ne pas envisager une régulation de la vitesse en fonction de l’état du trafic ?

Et l'harmonie entre l'humain et la nature, ce sera aussi le bien-être animal, enjeu majeur dont la conscience se fait sentir au 21ème siècle. Avec mon collègue Loïc Dombreval, je suis l'un des deux députés représentant le bien-être animal au sein du comité éthique de l'Ordre des vétérinaires : je mettrai cet enjeu aussi au cœur du projet parisien. Et tout d'abord avec un pas simple, qui a fait la preuve de son efficacité dans les grandes capitales mondiales, de Rome à Vienne : nommer un adjoint au bien-être animal, pour veiller sur des thématiques aussi variées que la place des animaux dans les parcs, l'information des citoyens, la règlementation des cirques... Parce que l'écologie, c'est l'harmonie de tous les êtres vivants qui composent la cité, envers leur environnement.

Mais l’harmonie entre les êtres humains, elle aussi est en crise, et requiert toute la force de l’action politique.

La communication instantanée et universelle, grande conquête de l'humanité, ne nous a apporté ni la sagesse ni l'harmonie; au contraire, il semble que notre époque soit de plus en plus marquée par les bulles, les clichés et les cloisons insidieuses.

Toute ma vie a été placée sous le signe du décloisonnement : le décloisonnement entre sciences qu'a demandé ma carrière placée entre analyse, géométrie, probabilité et physique. Le décloisonnement entre sciences et lettres, issu de ma rencontre avec Olivier Nora. Le décloisonnement entre sciences et arts, que j'ai connu dans mes collaborations avec des artistes comme Karol Beffa, Edmond Baudoin, Bartabas ou Lisa Roze. Le décloisonnement entre recherche, industrie et culture, que j'ai porté à l'Institut Henri Poincaré. Le décloisonnement sera l'un de mes thèmes forts dans cette ville de Paris qui a tant a gagner, plus que tout autre, dans le décloisonnement. Le décloisonnement entre science et politique que j'ai favorisé à l'Office parlementaire scientifique.

Et pour reprendre une expression utilisée cette semaine dans un débat télévisé avec les maires de Poitiers et de Montpellier, Paris a moins besoin d'un maire bâtisseur que d'un maire bâtisseur de liens. Se demandant, à chaque instant, si son action favorise les liens.

Les liens, cela se fait dans les espaces de rencontre, dans les cafétérias des universités et dans les vestiaires des gymnases. Dans les tiers lieux qui permettent à nos étudiants et innovateurs d'organiser leurs réflexions communes et croiser leurs disciplines.

Les liens se font dans les salles des Think tanks, et dans les réunions de militants, où l'on s'occupe à repenser la politique sans se soucier de la désaffection des partis et des corps intermédiaires.

Les liens, cela s'organise par la culture, par les émerveillements partagés, par les conférences et les spectacles. J'ai pu apprécier, au Grand Action, l'appétit du public qui se pressait, fidèle, pour discuter des grands enjeux de notre temps après une projection. Je souhaite que chaque quartier de notre ville ait son initiative culturelle où l'on puisse débattre et s'émerveiller ensemble.

Je salue Mams Yaffa, pour son action associative résolue, dans le 18ème arrondissement, dans le quartier de la Goutte d'Or, luttant pour plus d'équité et d'information; j'ai encore le souvenir vif du débat qu'il avait organisé autour du fléau de la décoloration.

Je salue Alexandre Poussin, qui a marché autour de la Terre plus que quiconque, traversant l’Afrique et Madagascar; il en a ramené de grandes espérances sur la lutte contre le paludisme; je salue Lucile Cornet-Vernet, qui a permis, avec la plus grande ténacité et malgré le scepticisme des autorités médicales, de mener des expériences pleines de promesses; j’ai eu plaisir à leur permettre de venir porter ces débats au cœur de l’Assemblée nationale. Quels meilleurs exemples du pouvoir de ce que l’on peut apprendre en rencontrant les autres.

Je salue Sandrine Sarroche : elle crevait l'écran ces derniers mois au Palais des Glaces, avec son spectacle, digne héritière de tout ce que la capitale a comporté de force comique et de talent de dérision.

Je salue le Frère Éric Salobir, fondateur du Think tankOptic technology, proche conseiller du Vatican; grand organisateur de débats pluridisciplinaires où l'on parle de spiritualité et d'innovation, où l'on médite sur l'harmonie entre les humains et la technologie. À ses côtés j'ai participé aux rencontres les plus diverses, faisant côtoyer des milliardaires de la Silicon Valley, des scientifiques passionnés et des moines ayant fait vœu de pauvreté.

Tous trois illustrent des faces très différentes de ces personnes qui font du lien, et dont nous devons faciliter l'action au quotidien.

Les relations de confiance entre humains, cela demande une sécurité sans faille, des humains protégeant leurs frères humains. C'est avec la plus grande rigueur que nous devrons aborder ces questions.

Je salue mon collègue Jean-Michel Fauvergue, ex patron du RAID, l’un de mes soutiens les plus assidus. Nous avons ensemble participé à plus d'un débat sur la sécurité municipale. Comme il le dit bien dans son rapport avec Alice Thourot, la police municipale et la vidéosurveillance bien employée, la formation des personnels et leur accompagnement, joueront un rôle clé dans la ville de l'avenir aux relations humaines apaisées.

Les liens c'est aussi la solidarité de toutes les situations. Voir ensemble les citoyens avec et sans handicap. Développer le logement intergénérationnel, avec bénéfice mutuel. Utiliser toutes les applications de mise en relation, la technologie quand elle est au service du contact.

Je salue Sophie Sakka : avec ses robots elle a exploré de nouvelles façons d'assurer le lien avec les autistes.

Tous ces liens associatifs, structurels, c'est le devoir de la municipalité de les aider à leur juste valeur, avec rigueur et détermination, avec transparence, sans laisser aucun soupçon sur l'attribution des subventions.

Je souhaite la transparence sur la démocratie parisienne, et d’abord sur les subventions que verse la mairie. C’est un tissu social indispensable et un exemple d’engagement que nous devons mieux valoriser. Mais seulement 2 600, soit 4 % de ces associations, bénéficient de subventions de la mairie centrale. Et ces subventions ont doublé depuis la période Delanoë. C’est une masse d’argent public trop politisée et trop peu contrôlée. Des élus de l’actuelle majorité municipale ont dénoncé ce système. Il est temps de le remettre d’aplomb.

Voici une proposition : soumettre l’attribution des subventions à des jurys citoyens, spécialement tirés au sort et rétribués pour cette tâche. Ils pourront être éclairés dans leurs débats par les services techniques de la Ville et pourront auditionner les élus et les porteurs de projets associatifs concernés. Et plus aucun soupçon sur la transparence !

Les liens ce sont enfin les relations de démocratie et les instances de décision locale. À l'heure où l'on aspire à une démocratie plus participative et plus locale, dans une ville célèbre par la vie de ses quartiers, il sera vital de se réapproprier cette démocratie de quartier, dans la rue et dans les espaces virtuels. D'autres métropoles européennes le font, il ne sera pas dit que Paris sera en retard sur la démocratie. 

Et c’est avec toi Mounir que nous penserons la démocratie de demain, toi qui a milité de si nombreuses années pour faire évoluer les mentalités sur la démocratie participative, toi qui a chevillé au corps la conviction que les politiques publiques ne seront efficaces qu’en les construisant en partant d’un diagnostic local partagé avec les citoyens.  Au plus près du terrain. 

Et c’est tout naturellement que je porterai, que nous porterons, ce projet de création de 240 quartiers de la Ville de Paris, à taille humaine, composés de 8 à 10 rues maximum (10 000 habitants environ). Contrairement aux conseils de quartiers actuels, ils ne seront pas uniquement un lieu d’expression de la démocratie participative mais seront également un lieu de proximité avec les services municipaux pour répondre au mieux aux attentes de citoyens en termes de propreté, de sécurité. 

C’est aussi pour moi l’occasion de m’engager à rendre compte de l’action de la future majorité comme le faisait en son temps Bertrand Delanoë qui se déplaçait chaque année dans chaque arrondissement à l’occasion d’un compte-rendu de mandat.

La ville, c’est ce lieu qui rend possible tous les possibles. Qui offre toutes les opportunités à qui recherche un avenir meilleur, pour ce faire l’échange avec les citoyens doit être au cœur du fonctionnement politique et administratif. 

Mais au-delà des services locaux, je veux aussi ouvrir le grand chantier des prix de la grande distribution. Parce que parmi les dépenses contraintes des familles, il y a aussi tous ces produits indispensables au quotidien, depuis les lessives jusqu’aux serviettes hygiéniques, que l’on les paye souvent plus cher à Paris qu’ailleurs !

C’est pourquoi je propose de créer un Observatoire des prix de la grande distribution. Pour faire toute la transparence sur la tarification dans les grandes villes. Pour objectiver les marges et pour inciter à la modération des prix lorsque ces marges apparaissent manifestement excessives.

Je crois en la régulation, je ne crois pas en l’interdiction systématique. Je crois en la transparence, qui permet à chacun de comparer et de choisir.

J’ai parlé tout à l’heure des prix du logement : je suis bien sûr favorable au rétablissement de l’encadrement des loyers dans le parc privé à Paris. Je ferai en sorte que la ville atteigne enfin l’objectif de 25 % de logements sociaux.

Refaire de Paris la métropole de tous les possibles, la ville de toutes les opportunités, c’est la condition pour faire revenir les classes moyennes à Paris. C’est la condition pour refaire de Paris une ville douce, où chacune, chacun est libre de s’y construire et d’y trouver son émancipation.

Mais être maire de Paris, c’est aussi bien gérer la ville et notamment ses finances. Or la dette de la Ville n’a fait qu’augmenter, inexorablement. Chaque année, lors du débat d’orientation budgétaire au Conseil de Paris, les élus d’opposition et même, en off, certains élus de la majorité, tirent la sonnette d’alarme. Les frais financiers de la Ville, c’est-à-dire le remboursement annuel de ses emprunts, se comptent en centaines de millions d’euros. C’est autant d’argent public qui n’ira pas à la rénovation de nos écoles, à l’ouverture de places en crèches ou à l’entretien de notre patrimoine.

Et puis il y a les artifices comptables, la technique dite des « loyers capitalisés » : vous demandez aux bailleurs sociaux d’avancer les loyers qu’ils percevront pendant plusieurs décennies. Technique certes légale, mais que la Chambre régionale des comptes n’a pas manqué de critiquer car elle est court-termiste et masque un vrai déficit structurel.

Mes amis, en un mot, le bilan de la maire sortante est entaché par sa gestion des grands dossiers et par cette fuite en avant fiscale.

Si les Parisiens m’élisent, j’aurai donc une gestion cartésienne de leurs finances. Si une dépense est utile et financée, je l’engagerai. Si elle ne l’est pas, je l’écarterai. Je rationaliserai les services et je ne toucherai à la fiscalité que d’une main tremblante, après avoir épuisé toutes les autres solutions. 

Apres le lien entre l’humain et la ville, les liens entre les humains, parlons des brassages des rencontres. Là peut se révéler le véritable potentiel d'opportunité et de progrès que recèle la ville. Le progrès sera au cœur de mon projet.

Une métropole brasse les idées autant que les personnes; elle crée des rencontres et de la nouveauté. Le Préfet Carenco m'a confié un jour sa propre définition d'une métropole, si juste que je me suis empressé de la noter :

"Une zone de forte densité de population, avec un métissage qui crée de la valeur, de l'émotion culturelle, de la connaissance et de la solidarité, dans un état d'insurrection permanente; une zone rayonnante où se crée le monde, incarnée par un chef rassembleur."

Et en effet, c'est au maire de favoriser les possibles, de veiller à ce que sa ville soit le théâtre de rencontres entraînant du progrès. Le bouillonnement créatif attire les individualités et leur donne leur chance. Et c'est dans l'écosystème que se trouvent tant de solutions.

Pour un brassage productif, la première condition est la possibilité d'accueillir une population jeune et diverse. La gentrification, la montée en flèche des loyers a rendu cela si difficile, chassé les artistes et les forces vives ! Trop gentrifié, Paris sera stérile : "Du diamant jamais rien ne naît".

Pour remettre de la vie, pour attirer, il faudra jouer sur tous les leviers. Encadrer les loyers, comme cela vient d'être lancé. Découpler bâti et foncier, comme on le fait déjà dans les logements sociaux. Mais aussi mettre en débat la révision des règles, afin d'éviter la perte de mixité. Et surtout, voir le parc à l'échelle grand parisienne, travaillant sur la liaison Paris-banlieue, en veillant aux réseaux de transports, d'écoles, de médecins.

La maîtrise du coût de la vie est la condition pour que Paris ne devienne pas la forteresse de l’entre-soi et de la reproduction sociale. Pour qu’elle soit un lieu de cohésion et de mixité. Pour qu’elle soit cette ville bienveillante où les classes moyennes non seulement reviennent, mais se sentent chez elles.

Nos étudiants sont une de nos richesses les plus précieuses. Pour leur offrir de belles conditions, il faudra leur assurer des logements, mais aussi des services réservés à la médecine étudiante, des formules de gouvernance pour organiser leur solidarité et leur cadre de vie. Tout faire pour accueillir et intégrer ! Je l'ai suggéré pendant des années en tant que chercheur, et si je suis maire je le proposerai : que l'ancienne École polytechnique devienne la résidence pour chercheurs invités la plus recherchée qui soit. Et que sur les campus emblématiques, comme celui qui se construira au Val de Grâce, on installe des étudiants, des chercheurs, des innovateurs, des enseignants, plutôt que des administrations !

Pour faire vivre Paris, il faut aussi un terreau propice aux entreprises. Une gamme de logements adaptés à tous les besoins -- incubation, travail partagé, installation au sein d'un quartier...

Pour Paris il faut aussi un cœur financier ! Et si le Brexitva rediriger bien des financiers de la City vers Paris, il faudra se garder de l'imiter, car la copie serait plus pâle que l'original ! Dans le contexte de la transition écologique et solidaire, des mutations technologiques et des tensions politiques, nous avons le devoir de faire de Paris la capitale de l'investissement responsable, depuis la financer verte jusqu'à l'investissement dans les pays en voie de développement. C'est bien la vision que porte mon ami Bertrand Badré, dans son ouvrage "La finance sauvera-t-elle le monde ?"

Pour que Paris puisse inventer le futur, il faudra tirer parti de toute sa richesse pluridisciplinaire et la favoriser encore. Et il faudra faire travailler ensemble Paris en grand ! Nul n'y a été plus sensibilisé que moi, qui ai assisté depuis 10 ans au développement du projet Paris-Saclay, laboratoire du futur, dont une marque de fabrique est la haute ambition écologique et agricole. Sur le plateau de Saclay nous aurons bientôt les expériences de navette autonome les plus avancées en France, et tout récemment nous inaugurions le réseau d'échange de chaud et froid par géothermie le plus moderne de France.

Pour ce qui est des technologies du futur, Paris en est déjà une capitale incontournable, tant les universités et les grandes entreprises internationales l'ont rempli de laboratoires de recherche. Suivant mon rapport, Paris a obtenu le label d'Institut Interdisciplinaire d'Intelligence artificielle; c'est bien la multiplicité des talents (sciences humaines, sciences exactes, médecine) qui fera le succès de cet institut, tout comme le séminaire mixte d'IA et médecine que j'ai pu animer depuis 2 ans avec Bernard Nordlinger.

L'innovation à Paris, c'est une rencontre entre les sciences et les usages; et pour veiller aux usages dans une ville aussi pleine de défis et de complexités logistiques que Paris, l'écosystème de nouvelles technologies fera merveille, si nous parvenons à organiser cette rencontre. C'est le propre de l'IA que de se faire toujours dans le mariage entre le développement et les usages; Paris sera idéal pour expérimenter et se retransformer en ville du futur. 

À l'heure où la culture scientifique est un enjeu majeur de notre temps -- tout récemment, c'était le maire de Montpellier qui l'expliquait sur un plateau avec moi -- je veillerai à ce que toutes ces avancées scientifiques soient mises en lumière, exposées, pour qu'elles fassent rêver citoyens, et tout particulièrement nos jeunes. Henri Poincaré ne disait-il pas que la chose la plus importante que nous puissions transmettre à nos jeunes, c'est la capacité de s'émerveiller ? L'Institut Henri Poincaré sera l'un de ces points de rencontre et d'émerveillement.

Il s'agit de faire rêver, mais cela va bien plus loin : c'est un enjeu de société, un enjeu social. Pour pourvoir les métiers dont notre société a besoin, pour permettre les opportunités et ascensions sociales sans lesquelles l'égalité n'est qu'un leurre. Il s'agit de développer un projet social par l'éducation, l'une des convictions les plus enracinées dans la culture des marcheurs. Et il s'agit pour cela de mettre en œuvre toutes les richesses du territoire !

Paris se caractérise par la très grande hétérogénéité de ses établissements scolaires, où les pourcentages d'élèves défavorisés varient de 1 à 60 % ! Mais Paris se caractérise aussi par l'incroyable richesse de ses établissements de savoir, de culture, de technique. Je me souviens de mes enfants à Princeton : chaque semaine visitant une institution nouvelle, pour s'ouvrir l'esprit, depuis les pompiers jusqu'à l'institut de recherche. À Paris, concentration sans pareille en talents dans une si petite surface, nous pouvons faire encore plus, et demain réaliser le plus ambitieux des projets sociaux par l'éducation. Après avoir importé le principe des coding goûters à l'Assemblée nationale, nous pourrons l'exporter dans tous les quartiers ! Nous devons réaliser à Paris, pour nos jeunes, les mercredis les plus emblématiques, non par création de nouveaux postes, mais simplement par décloisonnement de nos institutions. Initiation à la programmation comme à l’agriculture. Et enseigner à nos filles à ne pas se ranger dans les cases ou les clichés les confinent !

Un Paris qui donne des possibilités, c'est aussi un Paris qui permet aux plus faibles d'avoir leur chance; je pense en particulier à toutes les situations de handicap. Et donner des possibilités, ce n'est pas simplement assurer les besoins, c'est aussi permettre de se réaliser, de faire entendre sa voix, son originalité.

Je salue Patrice Moullet [et peut-être Olivier Mellerio] : voilà des années que je l'accompagne dans sa démarche innovante d'instruments de musique d'un genre nouveau, au service de la recherche artistique et du handicap. Ensemble nous avons travaillé avec l'Œuvre de secours aux enfants, avec le Centre Raphaël; avec des autistes et des polyhandicapés. Avec son approche tout en décloisonnement, il a permis à quantité d'entre eux de pouvoir jouer, improviser, et même faire des concerts. Pour beaucoup, des moments de bonheur, et des moments où l'on donne de la capacité. De telles expériences, tout en décloisonnement, Paris peut en offrir bien plus qu'on ne croit.

Impossible de parler de Paris, Ville-monde, sans conclure sur les opportunités tournées vers l'international. Paris attire le monde, Paris encourage à la découverte du monde. J'ai eu la chance de le vivre dans l'aventure universitaire. À l'heure où la construction européenne et la conscience du monde sont parmi les enjeux les plus importants qui soient, nous devons organiser pour Paris ce mouvement de communion avec le monde, en faire profiter nos jeunes pour préparer l'avenir. Et contribuer à faire de notre ville monde une ville où le monde futur se construit pleinement, non seulement dans les réalisations technologiques, mais aussi et surtout dans les esprits.


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Paris a vécu tant de transformations durant son histoire, mais Paris en verra bien d'autres dans les années qui viendront. Les rêves des citoyens, les projets de nos scientifiques et de nos entreprises rencontreront la volonté des politiques. Un jour nous aurons des véhicules autonomes, propres et partagés, opérationnels à toute heure, et nos rues seront délivrées des voitures en stationnement.

Savoir donner un sens au progrès qui transformera la cité, c’est la mission du maire du 21eme siècle. 

Mon parcours a été celui d'un scientifique qui rencontre une carrière politique.

Mais celui de Paris doit être celui d'une ville pleine de savoirs et de rêves, qui rencontre le temps de l'action politique.

La ville, comme je le disais c’est ce lieu qui rend possible tous les possibles. Qui offre toutes les opportunités à qui recherche un avenir meilleur.

Cet imaginaire de la ville est aujourd’hui contredit par les faits, une ville plus dure délaissée par ses classes moyennes. 

Et pour cela j’aurai besoin de votre énergie, de toutes vos énergies ! De l’engagement sincère que nous bâtissions ensemble le meilleur projet pour la capitale.

Je veux refaire de Paris la ville de tous les possibles, la métropole de toutes les opportunités. Je la conçois verte, responsable, ouverte, bienveillante, innovante.

Un projet qui sera à la hauteur de Paris, des parisiennes et des parisiens. Et pour nous donner le courage de notre ambition, je voudrai citer un poème de Louis Aragon parlant de Paris dans les années 40 :

« Où fait-il bon même au cœur de l’orage

Où fait-il clair même au cœur de la nuit

Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre

Rien n’est si pur que son front d’insurgé

Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre

Que mon Paris défiant les dangers»

Des dangers, il y en aura. Des projets et des défis, pour sûr nous en avons et ensemble nous saurons les affronter et les relever ! 

Pour que, de plus belle, vive Paris.

Ensemble, nous n’avons rien à craindre.

Ensemble, nous avons tout à inventer.

Ensemble, nous irons jusqu’au bout. Pour Paris. Jusqu’à la victoire !